Clément Lores à pleine vitesse sur sa CB500 à Merléac en 2026
Course de côte • 300cc

Merléac 2026 : je l’ai fait

— Récit de course par Clément Lores

J'arrive à Merléac en 3e position du Championnat de France, avec 14 points d'avance après ma chute et les réparations en urgence à Frangy. Sur le papier, c'est une bonne position. Le problème, c'est que les points sont doublés pour cette dernière épreuve. Une erreur, un problème mécanique ou simplement un mauvais week-end peuvent encore effacer toute mon avance.

Les calculs sont assez simples. Pour garder ma troisième place, je dois rester juste derrière mon concurrent direct en espérant qu'il ne termine pas troisième, ou réussir à le battre au moins une fois sur les trois courses. J'arrive confiant parce que ma saison a été bonne, mais avec une pression énorme. Je n'ai pas le droit à l'erreur.

Le tracé de Merléac est totalement nouveau, pour moi comme pour les autres. Il est rapide, très lisse et avantage plutôt les motos de vitesse. Mon concurrent roule en supermotard, donc je me dis que la CB500 peut avoir une vraie carte à jouer ici. Avant de partir, j'ai tout vérifié sur la moto. Je ne veux pas qu'un problème évitable décide de mon championnat.

Clément Lores au guidon de sa CB500 numéro 146 à Merléac en 2026

Il fait assez frais pendant le week-end, entre 12 et 21 degrés, avec beaucoup de nuages mais heureusement pas de pluie. Le samedi, je suis très lent aux essais. En temps normal, ça ne m'inquiète pas vraiment. C'est mon mode opératoire : je prends mon temps, j'analyse tout, puis j'envoie la sauce quand les courses commencent.

Cette fois, c'est quand même difficile à vivre parce que mon concurrent est immédiatement dans le rythme et sort un gros chrono. Pendant que je cherche encore mes repères, lui est déjà rapide. Je sais que je fonctionne comme ça et qu'il ne faut pas paniquer, mais avec la troisième place du championnat en jeu, chaque résultat affiché ajoute encore un peu de pression.

Pour la première course, je garde une bonne marge. Je veux rouler assez fort pour le battre, mais surtout ne pas faire l'erreur qui pourrait tout ruiner. Je termine 6e en 1:08.913. Lui prend la 4e place en 1:08.435. Il me reprend six points d'un coup et mon avance tombe de 14 à seulement 8 points.

Résultat course 1

— Chrono : 1:08.913
— Classement : 6e place sur 15
— Avance au championnat après la course : 8 points

Là, je comprends très bien ce qu'il va se passer si le week-end continue comme ça. Il peut me reprendre la troisième place. Je passe donc toute la soirée, puis encore le temps disponible avant la deuxième course, à regarder ma vidéo embarquée en boucle. Je reprends chaque virage, je cherche où je perds du temps et j'essaie de continuer à apprendre ce tracé que je ne connaissais pas la veille.

La deuxième course devient la course déterminante du championnat. Cette fois, il faut que je le batte. Pas question de simplement rester au contact, il faut mettre une grosse louche et sortir un chrono qui lui appuie exactement là où ça fait mal.

Je passe la ligne en 1:07.142 et je termine 4e. Mon concurrent arrive juste derrière, 5e en 1:07.198. Je le bats de 0,056 seconde. Cinquante-six millièmes après une saison entière. C'était chaud, mais j'ai réussi à faire ce qu'il fallait au moment où il fallait le faire.

Résultat course 2

— Chrono : 1:07.142
— Classement : 4e place sur 15
— Écart avec mon concurrent direct : 0,056 seconde

Clément Lores prend une courbe rapide sur sa CB500 à Merléac en 2026

À partir de là, je sais que j'ai tapé au bon endroit. Il reste une course et je refais tous les calculs. Même s'il termine 3e et que je termine 6e, je conserve ma place au championnat. Je ne dois surtout pas gâcher ça sur la dernière montée.

Je cherche encore à corriger les erreurs de la course précédente, mais je ne monte pas d'un cran dans la prise de risque. L'objectif est de rouler mieux, pas de jouer au héros. Et ça paie énormément : je termine en 1:06.681 et je prends la 3e place de la course. Mon concurrent finit 5e en 1:07.067. Cette fois, il n'y a plus rien à calculer. C'est fait.

Résultat course 3

— Chrono : 1:06.681
— Classement : 3e place sur 15
— Classement du week-end au meilleur chrono : 3e place
— Championnat de France 2026 : 3e place en catégorie 300cc

Je le comprends officiellement à l'arrivée, quand je vois mon concurrent passer derrière moi. Toute la pression retombe d'un seul coup. J'ai l'impression de peser 40 kilos de moins et les émotions commencent immédiatement à monter. En plus de conserver ma troisième place au championnat, je repars avec le podium du week-end.

Je réalise alors ce que je viens de faire. Je suis arrivé dans ce sport sans rien, avec un budget serré et une moto que j'ai montée moi-même alors que je n'y connaissais rien. Je sais exactement d'où je viens. Je me suis battu pour apprendre, pour progresser et simplement pour pouvoir être là. Un an et demi après mes débuts, je termine troisième du Championnat de France avec ce qui reste, soyons honnêtes, une moto de facteur face à de vraies machines de course.

Ça me prouve que j'ai quelque chose en moi. On n'obtient normalement pas ce genre de résultat aussi vite, encore moins dans ces conditions. La moto, je l'ai dans la moelle, et cette récompense me fait énormément de bien. Toute la tension accumulée pendant le week-end finit par sortir. Les émotions sont fortes et sortent sans faire semblant, mais franchement, après cette saison, je pouvais bien me le permettre.

Ma conjointe est là avec moi. Elle me suit et me supporte, dans tous les sens du terme depuis le début. Elle sait tout ce qu'il a fallu faire pour arriver jusque-là et elle m'a vu me battre à chaque étape. La voir aussi fière rend ce moment encore plus fort.

Quand je repense à ma toute première course à Chanaz, le chemin parcouru est vraiment beau. Mais à cet instant, je n'ai pas envie de penser tout de suite à la suite ni de me fixer un nouvel objectif. Je profite simplement du soulagement. La saison est terminée, la troisième place est à moi. Je l'ai fait.

La montée de Merléac 2026 en vidéo